Quelles leçons tirées du putsch du 11 janvier 1992 ?

tirer

Il y a, au moins, cinq leçons à tirer de cet événement funeste que rien ne justifiait. Même ceux qui ont, comme le Rassemblement pour la Culture et la Démocratie, appelé à l’intervention de l’armée pour interrompre le processus électoral après la nette victoire du Front islamique du salut, dénoncent, a posteriori, cet acte criminel, lequel a entraîné la mort de 200.000 à 300.000 Algériens, la disparition de 20.000 à 25.000 autres, des massacres massifs etc…

La première leçon, me semble-t-il, que chacun d’entre nous doit tirer de ce que notre peuple a vécu durant les années 90, et dont nous continuons à ressentir les miasmes de la violence, c’est précisément de ne jamais l’utiliser, d’utiliser les armes, dans un conflit intraétatique ou conflit interne.

Les conflits intraétatiques sont certainement les plus difficiles à résoudre, surtout lorsqu’ils sont de type philosophique, idéologique ou théologique. Nous ne sommes pas  dans une simple querelle ; les motivations sont profondes et exigent beaucoup de temps, beaucoup de renoncements, beaucoup de concessions lourdes pour entrevoir le début de la concorde.

Le conflit n’est pas que politique, sinon la solution aurait été « vite » trouvée, il est culturel voire civilisationnel. D’où la difficulté de sa durée et de son absence de résolution. La situation dans laquelle notre pays est plongée ne supporte aucun bricolage, sinon nous laisserons aux générations qui viennent les motifs pour lesquels les Algériens se sont entre-tués dans les années 90.

Il me semble que nous sommes depuis 1997, depuis que l’AIS et d’autres groupes armés ont fait leur « Adieu aux armes », dans une situation de cessez-le-feu, parce qu’il me semble que chacun reste sur ses positions sur le plan doctrinal, philosophique et idéologique.

En même temps, on parle depuis 2005, de réconciliation, sans savoir qui s’est réconcilié avec qui ? Cela voudrait-il dire que le vaincu ou les vaincus sont réintégrés dans la plénitude de leurs droits, réintégrés dans la communauté nationale ? Il ne me semble pas que ce soit vraiment le cas. Beaucoup de nos compatriotes ne disposent pas de leur citoyenneté ; ils sont même privés d’accomplir les actes les plus ordinaires qu’un citoyen puisse accomplir. Aller et venir par exemple, se rendre à la mosquée, enterrer les siens etc…

La réconciliation est une issue de sortie de crise, je n’y suis pas opposé si celle-ci est réelle, mais il faut savoir que la réconciliation implique forcément l’amnistie, et l’amnistie, comme dit Victor Hugo, (débat du lundi 22 Mai 1876 à propos de l’amnistie des Communards), c’est l’oubli parce que, pour lui, l’oubli seul pardonne.

Et cette question du pardon doit-elle être posée au niveau de l’Etat ou de la société ? Avant de répondre à la question « qui doit réconcilier » et « qui va se réconcilier avec qui ? », il faut, me semble-t-il, répondre à la question originelle « qui a tué qui ? ». Il faut donc que des enquêtes soient ouvertes. Les crimes étant considérés comme imprescriptibles, seule la mort de leurs auteurs peut éteindre les poursuites, comme cela est le cas du chef milicien Hadj Fergane de Relizane, lequel vient de décéder ce lundi 7 janvier.

Après la guerre chaude que nous avons subi, une guerre froide des plus dangereuses est menée par un certaine presse qui ne désarme pas et continue de semer les graines de la haine dans la société algérienne. En parlant plus haut de guerre de type théologique, c’est parce que des écrivains et des journalistes utilisent le carburant inflammable anti-musulman en demandant, par exemple, que les autorités algériennes interdisent des ouvrages classiques de la théologie musulmane qui sont des références comme le Sahih de Boukhari et celui de Muslim. Un écrivain médiocre qualifient ces livres et d’autres de « munitions inépuisables ».

J’ai déjà cité dans un « papier » précédent, le grand écrivain et poète allemand Heinrich Heine qui a fait dire  ceci à un des personnages de sa tragédie Almansor, lorsqu’un ennemi de l’islam, durant la Reconquista à Grenade, a jeté le Coran dans le feu : « Là où l’on brûle les livres, l’on finit par brûler des hommes ». Et cela arriva dans les années 30 et 40 dans l’Allemagne nazie.

Deuxième leçon  que chacun d’entre nous doit également tirer, est que les liens, tous les liens, qu’ils soient ethniques, régionaux, religieux, amicaux voire familiaux se sont brisés ; et le sentiment que nous avions, comme Nation, d’un destin commun, s’est estompé, le reconstruire s’avère extrêmement difficile.

Troisième leçon : Les influences extérieures sont encore plus prégnantes qu’avant le coup d’état du 11 janvier 1992. Notre pays est encore plus sensible aux injonctions extérieures, ses dirigeants n’ayant aucune légitimité, les pressions se font plus fortes.

Quatrième leçon : La guerre des années 90 a couvert des plans d’ajustement structurel du FMI qui ont paupérisé le peuple algérien, la monopolisation, quasiment à titre privé, des hydrocarbures et la privatisation de pans entiers de l’économie nationale ; des oligarchies financières et économiques ont prospéré à l’ombre du Pouvoir durant cette période dramatique pour le peuple.

Cinquième leçon : Il y a trois questions fondamentales auxquelles, presque 30 ans après, aucune solution n’est encore trouvée : 1) La question nationale, je veux dire la question de la Nation ; 2) La question politique, c’est-à-dire le mode de dévolution du pouvoir et son exercice ; 3) La question sociale qui concerne la redistribution des richesses afin d’assurer aux Algériens une vie décente.

 

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